Anass PATEL : Lettre aux adhérents et sympathisants
Chers adhérents, chers sympathisants,
Le nouveau bureau de l’association AIDIMM vient de prendre forme avec l’élection d’un nouveau président en la personne de Saer Said, assisté de Abdellhakim Bouabid comme secrétaire général et Nasser Zitout comme trésorier.
C’est avec une grande joie personnelle que je passe la main, le sentiment du devoir accompli quant au lancement de notre association et d’un relais que je crois bien préparé tout en implorant Le Seigneur de me pardonner pour toutes mes erreurs et manquements dans la responsabilité qu’Il m’a confiée par le biais de votre scrutin.
Le bébé AIDIMM a cinq ans. 5 ans déjà alors qu’on a juste eu le temps de commencer la grande aventure du Développement économique et IMMobilier sur les trois missions qu’on s’était fixées dans ces domaines de la finance éthique qui étaient totalement non explorés en France à l’époque: la sensibilisation, la formation et les initiatives de tests sur tout ce qui touche à la « finance halal ».
Le bilan positif est non négligeable avec la crédibilité dont bénéficie l’association aujourd’hui mais beaucoup reste à faire, surtout au niveau de la mise en place des projets structurants, comme je l’ai répété à la dernière assemblée générale du 6 février 2011 et que je vais synthétiser ici.
D’abord ce qui a été réalisé en cinq ans est une première dans notre domaine. Considérant qu’en 2005 lors du lancement de l’association, rien n’existait pour la finance adaptée à la clientèle musulmane, nous avons lancé ce pari afin de mieux s’organiser et réfléchir ensemble avec des gens expérimentés dans le domaine de l’associatif comme Hakim Latrache, Ulfet Das, Nasser Zitout ou la sœur Amal Aboulkouatem, rejoints par la suite par des piliers comme Boubkeur Ajdir et Saer Said.
Pour le bilan, mettons-le en perspective avec trois chiffres simples. En effet, on peut comprendre le rôle de l’association et l’ampleur des enjeux du secteur de la finance qui nous concernent tous et à chaque instant de notre vie, aussi important que notre nourriture quotidienne par ces trois réalisations: 1000 personnes ont assistées à nos différents événements, que ce soit des conférences grand publics, des séminaires ou autres rencontres ; une centaine de personnes sont des membres actifs dans l’association au travers ces diverses manifestations, depuis l’organisation des rencontres aux études et sondages en passant par les projets menés sur le terrain de la sensibilisation et des prototypes de solution développés en interne ; plus de 10 grandes villes de France nous ont accueilli lors de notre « Aidimm tour de France » lancé depuis 2009 avec différentes manifestations en dehors de l’Ile de France à la rencontre des jeunes et moins jeunes aussi bien avec des universités que des associations locales sur le terrain.
De même, dans la lignée de ces relations avec les autres associations et les ONG musulmanes, l’association a souhaité être orientée dans ses recherches par des savants francophones, qui de par leur maitrise des sujets de jurisprudence pouvaient confronter les besoins des professionnels dans leur réflexion mais aussi et surtout dans les questions pratiques qui se posaient en France. Ce qui a donné lieu à la mise en place du premier comité éthique ACERFI en 2008, spécialisé en matière de jurisprudence dans les domaines de l’économie et des affaires en général.
Au delà de ces actions qui intéressent les musulmans en premier lieu, l’association a déployé différents efforts pour faire connaître la perspective de l’économie selon l’éthique de l’Islam, montrer la réalité des besoins de la population musulmane de France ainsi que les alternatives qu’offrait ce compartiment de la finance éthique. La consécration de cet effort authentique est venue lors du forum Euromoney sur la finance islamique organisé à Paris en septembre 2009 par la voix du gouverneur de la Banque de France, C. de Noyer citant une enquête montrant que plus de la moitié de la population musulmane se déclarait « intéressée par les produits de la finance islamique pour financer leurs logements, voitures et activités professionnelles ». Il s’agissait en fait du sondage inédit commandé par l’AIDIMM et la société IFAAS, spécialisée en finance islamique, pour démontrer avec des statistiques fiables l’importance du marché de la banque de détail et pas seulement le segment de la banque d’investissement qui faisait tourner les têtes de nos économistes et gouvernants.
Dans la continuité de cette euphorie, l’association avait à maintes reprises, rappelé que le marché ne se développerait pas qu’avec l’effet des annonces ici et là de tel ou tel projet, du seul fait de l’accueil favorable réservé aux pétrodollars du Moyen Orient mais bel et bien par le poids grandissant de la clientèle musulmane française qui pèse de façon significative notamment dans le domaine de l’alimentaire.
Et puis il y a eu 2010, l’année de tous les espoirs. 2 dates, 2 événements à retenir et pour lesquels l’association a grandement contribué avec son lobbying sur le terrain en liaison avec les spécialistes du droit et de la finance. En mai 2010 était signé le premier financement habitat halal pour un résident français avec une grande banque française et ceci dans la plus grande transparence avec une transaction respectant aussi bien la règlementation en vigueur et le droit musulman. Et justement, cette règlementation n’a cessé d’évoluer pour donner lieu à la publication, en Juillet 2010, des instructions fiscales consacrant quatre contrats islamiques dans le paysage français, à savoir : la mourabaha (le crédit-vendeur), l’ijara (le crédit-bail), l’istisna (la vente future) et les sukuks (les titres de financement adossés à des actifs réels).
Ces différentes actions et accompagnements ont donc permis à l’association AIDIMM de garder son rôle de pionnier dans le domaine et ainsi répondre aux exigences de ce marché tout juste naissant. Mais cela n’est certes pas suffisant car les pouvoirs publics ou les acteurs bancaires et financiers ne sont pas suffisamment imprégnés de la réalité sociale des musulmans de France, de leur diversité, de leurs exigences éthiques pour pouvoir cerner leurs besoins de développement économique.
Sur le plan professionnel et personnel, après ces années à vos côtés et devant l’inertie des acteurs financiers, j’ai décidé après consultation avec nos anciens, de donner une autre dimension à mon engagement en me consacrant entièrement au secteur de la finance éthique, à la recherche d’un mode de consommation des services financiers plus équitables et plus durables par l’entrepreneuriat. Je suis convaincu que le marché a commencé sa mutation mais qu’il a besoin d’entrepreneurs pour jouer le rôle d’aiguillon, de prendre des risques et de s’aventurer sur ces territoires parfois inconnus, parfois sensibles, qu’aucune grande institution financière, à juste titre, ne peut prendre dans le contexte actuel (risque d’image et de réputation par exemple).
Je terminerai ainsi en formulant quelques vœux pour l’association qui n’est qu’au début d’une grande et longue aventure tout en restant aux cotés de la nouvelle équipe et engagé dans les différents chantiers à venir qui m’apparaissent être au nombre de trois :
- Premièrement, permettre à l’association d’asseoir son rôle de garde fou en permettant, à l’image des associations ou fondations qui œuvrent pour le développement de proposition générales et publiques par le biais d’actions de lobbying, de livre blanc, etc. d’initier des propositions d’action, de projet ou de label afin de faire le tri entre les initiatives qui sont conformes ou pas aux principes et valeurs de l’Islam en matière économique et commerciale ; ceci avec une indépendance totale qui la caractérise (sur le modèle de l’ADIE, de Novethic ou de Finansol).
- Deuxièmement, développer le coté regroupement des forces sensibilisées de tous les sympathisants à cette cause nationale afin d’être plus visible et entendu par les acteurs économiques et autres institutions tant sur le plan des produits bancaires simples que les solutions d’épargne ou de financement éthiques (sur le modèle de l’AFER, de Planet Finance).
- Troisièmement, continuer les efforts des groupes de travail, que ce soit sur l’immobilier, le capital risque, l’assurance, la bourse ou les financement alternatifs afin de développer la boite à outil avec des prototypes de solutions et de montages en kit qui peuvent être adaptés pour les différents besoins de la clientèle musulmane française.
Pour terminer, emprunt d’une certaine nostalgie, je profite de cette tribune pour renouveler mes remerciements à tous les adhérents, quelque soit leur sensibilité, leur confession, car c’est cela aussi l’esprit d’Aidimm, une grande famille avec sa diversité et sa totale liberté d’opinion.
J’espère avoir été à vos yeux dans notre action commune un compagnon crédible, équitable et engagé. Souhaitant laisser un souffle d’authenticité et de profond respect des situations et des besoins de chacun sachant qu’une nouvelle ère s’ouvre à nous, celle de la mise en œuvre de solutions concrètes pour les centaines de milliers de citoyens français qui n’ont pas accès à des services financiers conformes à leur éthique. Et pour cela, je prie Le Très Haut de nous donner toute l’énergie nécessaire pour accompagner ce mouvement et permettre de continuer cet effort et également de rencontrer des gens de qualité pour mener à bien cette mission collective.
Très sincèrement,
Anass PATEL – Paris, le 15 février 2011
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Aidimm en quelques mots
Aidimm cherche à promouvoir une nouvelle éthique dans les rapports avec le monde de la finance. La recherche d'alternatives aux produits bancaires basés sur l'intérêt est le principal axe de travail de l'association. Epargne, placement ou financement sont les thèmes sur lesquels nous souhaitons apporter notre savoir-faire et nos idées en nous appuyant sur les outils et les fondamentaux de la finance éthique et de la finance islamique. Aidimm souhaite d'une part faciliter l'accession à la propriété en favorisant le rapprochement entre épargnants, institutions et accédants tout en proposant des nouveaux types d'outils ou des aménagements sur les outils existants. D'autre part l'association cherche à promouvoir le développement économique en favorisant le rapprochement et les synergies entre investisseurs et porteurs de projets tout en leur proposant une nouvelle éthique dans leur relation contractuelle; L'association est une plateforme de recherche et de réflexions sur les alternatives par exemple au crédit bancaire classique basé sur l'endettement et le taux d'intérêt mais également sur les solutions de placement, d'épargne et d'investissement respectant un cahier des charges "éthique". L'innovation dans le monde de la finance est primordiale. Les finances solidaires, éthiques et islamiques sont autant d'éléments qui peuvent contribuer à cette innovation. C'est donc autour de ces problématiques nouvelles et très enrichissantes qu'un certains nombres de cadres, d'étudiants et de chercheurs se sont réunis afin de fédérer leur énergie et contribuer au développement économique en apportant des idées nouvelles à tous les agents économique
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